Vendredi Mai 24

La résistance armée - Programme politique -CRA

 

Programme politique

 

PROGRAMME POLITIQUE

vendredi 23 mai 2003, par temoust

PRÉAMBULE

A partir de tout ce qui a été développé dans le mémorandum qui, de façon brève, fait la genèse de notre situation politique et socio-économique mais qui offre quand même un aperçu qui s’étend de la pénétration coloniale à nos jours, nous constatons et tirons les leçons ci-après et formulons les revendications conséquentes :

Considérant le rattachement, la greffe arbitraire de l’Aïr, l’Azawagh et leurs annexes, au Niger malgré leur résistance de 1900 à 1918 face au colon français et en dépit de leurs vives protestations en 1958 et au moment de l’indépendance du territoire militaire du Niger,

Considérant par la suite le découpage arbitraire et mené à dessein en vue de diluer et de désorganiser les structures touarègues déjà mutilées par les forces coloniales, et créer ainsi une situation artificielle de faiblesse qui amputerait l’importance démographique, géographique, et partant, politique des Touaregs au Niger,

Considérant la marginalisation politique manifeste depuis 1960 par les différents régimes qui se sont succédé au Niger, continuant ainsi l’oeuvre coloniale entamée depuis la pénétration française, dont les Touaregs sont encore victimes,

Considérant l’abandon intentionnel et encore tangible que subissent les Touaregs sur le plan économique et social, malgré les énormes potentialités que recèlent leur territoire et dont certaines ont été exploitées à leurs dépens au profit des autres couches sociales du pays et de ses dirigeants,

Considérant l’inadaptation voulue des structures administratives installées dans les régions touarègues, et qui en prime ont revêtu jusqu’ici un caractère policier, contraignant et dictateur qui provoque la méfiance légitime des populations touarègues vis-à-vis de l’administration,

Considérant la conduite irresponsable avant, pendant et après les calamités naturelles telles les sécheresses qui ont frappé les régions touarègues de façon cyclique et parfois chronique et qui ont entraîné la destruction de l’environnement et du bétail des Touaregs, provoquant la paupérisation continue de notre peuple, le poussant à l’exode et l’exil vers d’autres horizons ; et l’implantation artificielle d’autres populations dans nos zones,

Considérant la persécution politique permanente ayant entraîné des emprisonnements, au mépris du droit et en violation des droits de l’Homme, des centaines de Touaregs innocents, poussant ainsi des milliers d’entre eux à l’exil politique et provoquant chez l’ensemble du Peuple touareg un sentiment d’insécurité et de révolte, compte tenu du caractère ségrégationniste, ethnique et racial du traitement qu’il subit,

Considérant la liquidation physique perpétrée, en prime à tous les abus ci-dessus, au cours des massacres organisés par les régimes qui se sont relayé à la tête du Niger et avec la caution tacite ou manifestée des autres peuples du Niger, et ce principalement pendant les événements de mai 1990 à Tchin-Tabaraden, qui se sont étendus à toutes les régions touarègues, qui en avaient été victimes même pendant les années passées,

Considérant l’incapacité volontaire de la Conférence Nationale organisée à partir de juillet 1991 à inculper et punir les responsables desdits massacres, même que leur culpabilité ait été suffisamment démontrée et qu’ils l’aient eux-mêmes reconnue,

Considérant la conduite inchangée des pouvoirs en place au Niger, même après le déclenchement de la lutte armée du peuple touareg, vis-à-vis des populations touarègues et de leurs régions, allant jusqu’à armer des milices civiles pour aider l’Armée nigérienne dans sa macabre tâche de massacrer, de piller, d’humilier, de torturer et de flageller des populations touarègues innocentes et qu’elle prétend défendre et protéger,

Considérant l’immuabilité de la politique abusive des autorités politiques du Niger, de l’irresponsabilité des forces se sécurité et de défense, du mépris observé par les autres peuples vers le peuple touareg conséquemment à la désinformation et à l’intoxication prodiguées à leurs égard par les pouvoirs en place et dont ils se sentent solidaires, de la perte de confiance définitive et conséquente à ces faits et actes témoignée haut et fort par le Peuple touareg vis-à-vis des dirigeants passés et actuels du Niger,

Considérant le risque de disparition politique et physique qu’encourt le Peuple touareg, par la volonté claire du Niger d’intégrer culturellement par la force les Touaregs et éliminer physiquement ou par l’exil les réfractaires à cette entreprise illusoire et résolue,

Considérant le droit et la volonté du Peuple touareg à se prendre en charge politiquement, socialement, culturellement, économiquement et administrativement, conséquemment à tout ce qu’il a subi, conséquemment à sa mise à l’écart à dessein du processus démocratique réalisé et en cours, et conséquemment à son poids démographique et géopolitique réel malgré les insinuations mensongères orchestrées par tous les régimes qui se sont succédé à la tête de l’État du Niger,

La COORDINATION DE LA RÉSISTANCE ARMÉE, Armée régulière de la Révolution touarègue, assermentée et engagée à défendre, reconquérir et gérer les libertés du Peuple touareg dans toutes leurs dimensions, soumet aux assises des négociations actuelles et à venir le PROGRAMME CADRE ci-après et dont la satisfaction totale conditionne une paix définitive et durable.

TITRE I - LIMITES GÉOGRAPHIQUES DES RÉGIONS REVENDIQUÉES

Les régions qui font l’objet de notre lutte de libération sont le domaine historique des Touaregs où ils ont vécu depuis des siècles et où la colonisation les a trouvés. C’est ici qu’il faut préciser que l’Aïr et l’Azawagh en tant qu’espaces géographique et politique vont au-delà de l’actuelle compréhension qu’en ont les dirigeants du Niger, leurs techniciens et les autres peuples du Niger. Nous précisons que ce n’est pas une méconnaissance de l’histoire et de la géopolitique qui a créé cet état d’esprit chez eux, mais une volonté expresse de jouer sur l’importance réelle des Touaregs pour les mieux mettre à mal.

En effet, une partie capitale de l’Aïr relève actuellement des départements de Zinder et Maradi. Toute la partie Nord était sous administration touarègue avant l’arrivée des Français. La seule présence des autres peuples dans ces zones a été remarquée un peu avant l’ère coloniale par l’arrivée passagère de chasseurs Haoussas qui demandaient au préalable l’autorisation des Chefs touaregs. Leur installation progressive dans ces entités n’a été possible que par l’assentiment volontaire des Touaregs. Des documents l’attestant ont été détruits par les administrateurs coloniaux. Ainsi, la limite Sud des régions touarègues se situe au-delà de la vallée Tarka, englobant ainsi l’Est, le Nord, l’Ouest, et le Sud de l’arrondissement de Tanout ; passe par l’arrondissement de Dakoro dont toute la partie Nord, toute la partie Est qui bute sur Tanout en incluant la steppe du Nord de Mayahi et Tessawa, la moitié Sud jusqu’au canton de Kornaka ; continue à l’Ouest en observant une légère inclinaison vers le Nord et se rabat sur Madawa et sa région ; la limite continue vers l’Ouest jusqu’aux frontières du Burkina Faso et du Mali en laissant complètement au Sud les régions de l’Arewa, du Boboye et du Zarmaganda, englobant tout le Nord de Tillabery. Jusqu’à l’arrivée des colons, l’influence des Touaregs dans cette région du Niger se limite à la rive gauche du fleuve. Mais pour "détarguiser" toutes ces régions, les noms authentiques de certaines localités ont été modifiés.

de ces zones, dont l’installation a été autorisée par les souverains touaregs, ont bénéficié de l’appui des administrateurs pour vite se placer au-dessus de ces derniers qu’on affaiblissait à dessein.

Pour se résumer, ces appendices de l’Aïr, dont le nom est "Tadarass" et ceux de l’Azawagh occidental, domaine des Imanane et des Iwilimidenne Kel Ataram, ont été soustraits aux Touaregs par un jeu savant et mesquin. La CRA les revendique et en demande la restitution sans condition. Il faut que les Touaregs rentrent dans leurs pleins droits et puissent créer chacun dans son terroir authentique et historique, leur destin et leur espace dans tous les domaines sans exclusive.

Comme base de travail, la CRA exige le retraçage des limites administratives du Niger. Le tracé authentique et les précisions techniques géographiques sont consignées dans la carte jointe en annexe.

Le redécoupage administratif est la condition première qui présidera à la poursuite des présentes négociations.

Toute opposition à cette option fondamentale de la CRA sera de nature à rompre définitivement le processus.

Il revient aux Touaregs eux-mêmes, par la suite, de fixer les limites internes de leur espace géographique reconstitué dans sa globalité et qui sera réparti en régions.

Les rapports entre leurs régions seront régis par une constitution qu’ils se choisiront eux-mêmes qui déterminera les liens avec les autres parties du Niger et les rapports avec le pouvoir central.

Cette constitution sera prise en compte par la loi fondamentale du Niger.

TITRE II - DE L’ORGANISATION POLITICO-ADMINISTRATIVE ET JUDICIAIRE DES RÉGIONS

Les régions ainsi définies seront divisées en sous-régions, postes administratifs et en cantons. Dans le souci de favoriser une politique de développement intégré propre et définie par ces régions, victimes d’un sous-développement chronique, né de l’exclusion et de la marginalisation longtemps endurées, il sera mis en place des pouvoirs législatifs et exécutifs échelonnés à la Région, la Sous-Région, le poste administratif et le Canton. Ces organes seront coiffés par un Conseil Général, institution législative et exécutive au-dessus des Régions et responsable de toutes les décisions, qui élabore les lois, garante de la Constitution interne et de la Constitution globale du pays, et qui constitue en conséquence le lien avec le Pouvoir Central national et l’extérieur.

CHAPITRE 1 : Le Conseil Général

Il est mis en place par les élus régionaux qui ont titre de députés et auxquels s’ajoutent les députés nationaux qui représentent les régions auprès de l’Assemblée Nationale du Niger. Sa mise en place intervient à la fin des élections régionales qui verront le choix de députés par les populations sur fond démocratique large et libre ; il est l’organe législatif des Régions.

Le mandat du Conseil Général est de 5 ans.

Les députés régionaux et les députés nationaux portés au Conseil Général élisent en leur sein un Commissaire Général dont l’élection sera promulguée par le Président de la République par ordonnance.

Le Secrétariat Permanent du Conseil Général, avec le Commissaire Général à sa tête, est l’organe exécutif des Régions. Son mandat est de 5 ans.

CHAPITRE 2 : L’Assemblée Régionale

Elle est mise en place par les élus sous-régionaux qui ont titre de députés. Son mandat est de 5 ans. Elle est l’organe législatif régional.

L’Assemblée Régionale mise en place élit en son sein un Commissaire Régional qu’elle propose au Conseil Général qui soumet sa nomination au Président de la République qui le confirme par décret.

Le Commissaire Régional coiffe la Secrétariat Permanent de l’Assemblée Régionale qui est l’organe exécutif de la Région, et qui est renouvelé tous les 5 ans.

CHAPITRE 3 : L’Assemblée Sous-Régionale

Elle est mise en place par les élus des Postes Administratifs relevant de la circonscription pour une période de 5 ans. Elle est l’organe législatif de la Sous-Région.

Les élus de l’Assemblée Sous-Régionale élisent en leur sein un Commissaire Sous-Régional proposé à l’Assemblée Régionale qui soumet sa confirmation au Conseil Général.

Le Secrétariat Permanent de l’Assemblée Sous-Régionale aura à sa tête le Commissaire Sous-Régional et constitue l’organe exécutif de la Sous-Région. Il est renouvelé tous les 5 ans.

CHAPITRE 4 : L’Assemblée du Poste Administratif

Elle est mise en place par les élus des Cantons pour une période de 3 ans. Elle est l’organe législatif du Poste.

Les élus de l’Assemblée du Poste Administratif élisent en leur sein un Chef de Poste Administratif proposé à l’Assemblée Sous-Régionale qui soumet sa confirmation à l’Assemblée Régionale.

Le Secrétariat Permanent de l’Assemblée du Poste Administratif, avec à sa tête le Chef de Poste Administratif, constitue l’organe exécutif du Poste Administratif. Il est renouvelé tous les 3 ans.

CHAPITRE 5 : L’Assemblée Cantonale

Elle est mise en place par les élections à la base au niveau des villages et tribus. Les électeurs choisiront leurs représentants, qui auront charge de les représenter au niveau des autres institutions. Le mandat de l’Assemblée Cantonale est de 3 ans.

Les élus locaux élisent en leur sein le Chef de Canton qui est proposé à l’Assemblée du Poste Administratif qui soumet sa confirmation à l’Assemblée Sous-Régionale.

Le Chef de Canton dirige le Secrétariat Permanent de l’Assemblée Cantonale qui est l’organe exécutif du Canton. Il est renouvelé tous les 3 ans.

CHAPITRE 6 : Représentation des Régions au niveau national

Partant de la non participation effective et équitable de nos Régions dans les différents scrutins démocratiques allant de la Constitution aux législatures, jusqu’aux Présidentielles et assurément ceux qui restent, la CRA, organe de défense des intérêts des Touaregs au Niger exige :

- 15 sièges au niveau de l’Assemblée National dont un membre permanent dans le bureau exécutif de l’Assemblée

- 7 portefeuilles ministériels dont 2 Secrétariat d’État, dans le Gouvernement de la République

- 6 représentations diplomatiques à l’Étranger.

CHAPITRE 7 : De l’Électorat

Seules les populations touarègues, arabes, kawariennes et peules bororos autochtones sont électrices et éligibles. Les résident venus des autres Régions du pays pour des raisons commerciales, administratives et autres ne sont ni électeurs ni éligibles.

CHAPITRE 8 : Du pouvoir judiciaire des Régions

Les Magistrats sont nommés par le Président de la République sur proposition du Conseil Général, instance suprême des Régions. Ces Magistrats sont chargés d’appliquer les lois et les règlements définis par la Constitution interne des Régions et les lois d’ordre général définies par la Constitution de la République.

Par ailleurs, l’État Central est représenté au niveau du Conseil Général des Régions par un Commissaire de la République, désigné par le Président de la République. Il est informé de toute décision du Conseil Général, à charge pour lui d’en rendre compte au Président de la République ou à l’Administration Centrale.

TITRE III - DU DÉVELOPPEMENT SOCIO-ÉCONOMIQUE DES RÉGIONS

Victimes d’un sevrage économique sévère, comme nous l’avons longuement évoqué dans la rétrospective, il va de soi que notre développement économique sera notre oeuvre à l’avenir. Nous connaissons les potentialités de nos régions et nous sommes les seuls capables de les mettre en valeur pour le bien-être de nos populations dont personne ne s’est sérieusement occupé jusqu’ici. A cet effet, toute la chaîne de décision depuis l’étude jusqu’à l’évaluation finale doit être entre nos mains. Pour ce faire, le développement sera l’oeuvre des populations elles-mêmes par l’intermédiaire de leurs élus depuis le Canton jusqu’au Conseil Général des Régions. Les Assemblées à tous les niveaux sont compétentes pour définir, concevoir, promouvoir, exécuter et évaluer les plans de développement économique, social et culturel, de long en large.

En outre, en vertu des pouvoirs qui leur sont conférés pour entre prendre et réaliser le bien-être des populations, nos régions auront la latitude de :

- coopérer avec toute autre région du Niger, à tous les niveaux d’organisation,

- coopérer et organiser tout échange d’expérience et d’assistance avec les pays frères et amis et les Institutions et Organismes internationaux, gouvernementaux et non-gouvernementaux.

Les limites de ces compétences seront spécifiées par la Constitution de nos Régions et la Constitution du Niger.

Par ailleurs, pour une période qui sera déterminée, nos régions auront droit à un appui au niveau national pour pouvoir rattraper l’énorme retard observé dans tous les domaines.

CHAPITRE 1 : Du financement de l’économie

L’économie de nos régions ruinées par l’insouciance des dirigeants nationaux et par des facteurs naturels aura besoin du concours du Gouvernement pour démarrer. A ce titre :

- 25 % du budget d’investissement seront alloués à nos régions pendant un délai de 15 ans,

- 40 % du BIC (Bénéfice Industriel et Commercial) net d’impôts des sociétés minières implantées dans nos régions, exploitant nos richesses, doivent être directement reversés à nos régions,

- 100 % des taxes diverses perçues au niveau des régions seront reversées au budget de fonctionnement de l’Administration Territoriale,

- L’implantation des Directions Centrales des sociétés minières dans les lieux d’exploitation

- 75 % des employés et cadres des sociétés minières doivent être recrutés dans nos régions et ce seront des ressortissants originaires de toutes les régions faisant l’objet de notre revendication. Les directeurs généraux de ces sociétés seront aussi choisis selon les mêmes critères.

- 75 % des employés des services techniques administratifs, des projets de développement financés par l’extérieur, des ONG et des organismes internationaux implantés chez nous.

Tous les responsables des services techniques, des projets, doivent être recrutés dans les ressortissants de nos régions.

Au niveau central, la C. R. A. exige 15 cadres centraux à la tête des Directions et autres services nationaux.

CHAPITRE 2 : Du social et du Culturel

Le développement social de nos régions sera un commencement puisqu’elles ne l’ont point connu depuis le début. Alors une bonne partie des financements sera drainée dans ce domaine qui comprend surtout l’éducation et la santé. Un programme d’infrastructures doit être mis sur pied sans délai. Son financement sera assuré par l’État et les Régions elles-mêmes dans des proportions à définir. Mais, il est sûr qu’avant un décollage économique de nos régions, l’État prendra la plus grande part. Et ce sera hors du budget d’investissement qui lui sera consacré au financement d’opérations constructives d’envergure, génératrices d’essor économique et d’emplois.

Ces infrastructures socio-économiques se réaliseront, au besoin, sur des endroits vierges de nos zones qui recèleraient les conditions d’implantations en vue de drainer les populations pour les fixer.

Pour résumer, la C. R. A. exige :

-La construction de centres de soins à la taille des localités et lieux d’implantation de nos populations, leur équipement et leur entretien,

- La multiplication des pharmacies et des centres de vente des produits pharmaceutiques,

- La formation d’un personnel originaire des régions. Sur le plan scolaire et universitaire, la C. R. A. exige, outre la multiplication des établissements scolaires de tous les niveaux, la reprise et la réinsertion des ex-étudiants et ex-scolaires soit dans les circuits scolaires, soit dans l’emploi.

- L’élaboration de programmes scolaires adaptés. A ce sujet, la C. R. A. exige l’enseignement de notre langue et de notre écriture (le Tamacheq et le Tifinagh) dans les établissements de nos régions.

Il est entendu que le corps enseignant sera à 100 % originaire des régions touarègues, qui seront dotées d’une université.

Pour conclure ce titre, dont la C. R. A. a seulement donné quelques repères, il est utile de rappeler que pour leur développement socio-économique global, les Régions touarègues établiront en connaissance de cause des plans sectoriels de développement dont le financement, comme il a déjà été indiqué, sera assuré conjointement par l’État et par les Régions elles-mêmes dans des proportions à déterminer ultérieurement.

TITRE IV - DES FORCES DE SÉCURITÉ ET DE DÉFENSE ET DU PARAMILITAIRE

Victimes depuis toujours de l’abus et des matraquages perpétrés par les forces de sécurité et de défense nationales, il va de soi que l’un des aspects les plus importants pour le Peuple touareg est d’assurer sa sécurité lui-même. Il est clair et doit être entendu que la défense sécuritaire et territoriale de nos régions doit être assurée par nos soins, et en plus nous exigeons être partie prenante dans les organes dirigeants des Forces de Sécurité et de Défense. Ainsi, cette exigence s’applique aussi au domaine paramilitaire qui lui aussi est déterminant. La C. R. A. exige :

- 40 % de l’effectif total des forces de sécurité et de défense (Armée et Gendarmerie Nationale) doivent être recrutés parmi les ressortissants des régions que nous revendiquons. La raison en est simple : les 2/3 du territoire sera sous administration des ressortissants des régions, leur sécurité et leur défense nécessitent des effectifs importants

- 50 % des membres de l’État Major Général des Forces Armées Nationales seront sélectionnés parmi nos officiers ayant intégré l’Armée,

- 10 officiers dans l’organe dirigeant de la Gendarmerie Nationale,

- 10 officiers dans l’organe dirigeant de la Garde Nationale Républicaine,

- 10 officiers ou cadres dans les organes respectifs des corps suivants : Police, Douanes et Forêts et Faunes.

En outre, au niveau des Régions elles-mêmes que nous revendiquons, la C. R. A. exige l’affectation de 30 % des 40 % déjà recrutés que nous avons exigés de l’être, pour garnir nos garnisons régionales. Les 10 % restants seront déployés dans les autres unités du pays. Il est entendu que les Commandants de nos zones de défense, ainsi que leurs premiers adjoints, seront ressortissants de nos régions, de même pour les commandants de toutes nos garnisons.

La Police, la Garde Régionale, la Gendarmerie, les Douanes et les Forêts et Faunes, auront leurs effectifs recrutés à 100 % dans nos régions.

TITRE V - RÉPARATION DES PRÉJUDICES SUBIS PAR LE PEUPLE TOUAREG AVANT ET AU MOMENT DE LA LUTTE ARMÉE

A ce niveau, comme nous l’avons dit avant la Conférence Nationale, pendant son déroulement et après son échec, le Peuple touareg veut et exige la réparation des préjudices qu’il a subis. Cette réparation passe par l’arrestation, l’inculpation et la condamnation des responsables de ces préjudices parmi lesquels le massacre de Tchin-Tabaraden occupe une grande place ; sans négliger tous les abus physiques et politiques dont ont été victimes les Touaregs pendant des dizaines d’années. Et depuis le déclenchement du conflit armé, d’autres massacres se sont passés et cette fois avec l’aide de milices montées et équipées contre les Touaregs. Leur désarmement est une condition fondamentale à un retour de la confiance chez le Peuple touareg, ainsi que la punition de ceux qui les ont montées et ceux qui y ont servi.

Pour le bon déroulement de ce travail, dont nous faisons uns preuve, qui doit être matériellement manifestée, de la bonne volonté des autorités du Niger, la C. R. A. exige l’ouverture d’une enquête internationale à laquelle prendront part :

- les organisations de défense des droits de l’Homme internationales et des pays suivants : Mauritanie, Burkina Faso, Algérie, France, Allemagne et Suisse. La liste n’est pas exhaustive, celles du Niger peuvent participer si elles le désirent.

- un représentant politique de tous les pays ayant assisté à la signature éventuelle des Accords qui nous lieront avec le Niger.

- un ou plusieurs représentants de l’ONU.

Tout cela pour garantir la clarté et la neutralité des résultats qui seront confiés aux juridictions compétentes du Niger. Nous y attachons une importance capitale et tant qu’un progrès n’est pas enregistré dans cette partie des éventuels accords, les Touaregs resteront sceptiques et les armes de la Résistance risqueraient de reparler encore et encore.

TITRE VI - DISPOSITIONS TRANSITOIRES

Avant la mise en place des structures dégagées par le présent programme cadre et si elle fait l’objet d’un accord, la C. R. A. exige le déploiement immédiat des forces de la résistance en vue de combler le vide que laisseraient les forces de sécurité et de défense nationale dont nous demandons le départ sans délai, après les accords. Il n’est pas question que nous soyons entraînés dans la complexité d’un programme de retrait même à moyen terme.

Une force de contrôle peut être choisie d’un commun accord. La C. R. A. avertit d’emblée qu’elle ne viendra pas d’un pays concerné de près ou de loin par le problème touareg dans ses dimensions internationales.

Quant à l’étoffement, lui aussi sans délai, des structures administratives techniques, la C. R. A. préconise et exige d’ores et déjà le redéploiement des cadres et techniciens touaregs déjà en service ou en formation, vers leurs régions d’origine et origine authentique première, s’entend !

Les fonctions de commandement militaire et administratif seront confiées aux membres de la révolution, en attendant la mise en place de structures élues.

Les autres modalités d’application de l’éventuel accord seront consignées sur un document annexe à cet accord.

ANNEXES

ACTE PORTANT ADOPTION DES TEXTES CI-JOINTS

Nous soussignés, F. L. A. A. , A. R. L. N., F. L. T., F. P. L. S., mouvements de la Résistance regroupés au sein de la C. R. A., certifions et adoptons à l’unanimité les textes ci-joints :

1- Acte fondamental portant organisation, attributions et fonctionnement de la C. R. A.

2- Programme cadre de la Résistance.

En foi de quoi, le présent acte d’adoption est paraphé le trois février mil neuf cent quatre vingt quatorze.

Pour le FLAA, Rhissa Ag Boula

Pour l’ARLN, Attaher Ag Abdoulmoumine

Pour le FLT, Mano Ag Dayak

Pour le FPLS, Mohamed Ag Anacko

Le Président de la CRA, Mano Ag Dayak

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les 15, 16 et 17 février 1994 se sont réunies à Ouagadougou et sous le haut patronage du Président du Faso, Son Excellence Blaise Compaoré, une délégation du Gouvernement de la République du Niger et une délégation de la Coordination de la Résistance Armée.

Le Gouvernement du Niger et la Coordination de la Résistance Armée, en concertation avec les délégations de l’Algérie, du Burkina Faso, de la France, du Mali, ont accepté le principe d’engager des négociations sur tous les aspects du différend qui les oppose, avec l’assistance des pays amis.

Ils ont notamment convenu de ce qui suit :

a/ la France, le Burkina Faso, l’Algérie seront chargés de les aider à résoudre le conflit actuel,

b/ ces pays, en accord avec les parties prenantes, sont chargés d’assurer les contacts avec tous les autres pays ou organismes à même de faciliter le règlement pacifique du conflit,

c/ la prochaine réunion de négociation aura lieu dans la dernière semaine du mois de mars à Paris.

Le Gouvernement du Niger et la Coordination de la Résistance Armée ont promis de tout mettre en oeuvre pour trouver une solution négociée et durable dans l’intérêt des populations du Niger et pour la stabilité et la paix de la sous-région.

La Coordination de la Résistance Armée a remis aux participants à la rencontre son Programme Cadre.

Les délégations du Gouvernement de la République du Niger et de la Coordination de la Résistance Armée ont réitéré leurs remerciements au Président et au Peuple du Burkina Faso pour leur solidarité permanente avec le Peuple nigérien.

Fait à Ouagadougou, le 17 février 1994

Pour le Gouvernement du Niger, Abdourahamane Hama

Pour la Coordination de la Résistance Armée, Mano Dayak

Pour l’Algérie, Djamal Boutiab

Pour le Burkina Faso, Thomas Sanon

Pour la France, Jean-François Nodinot

Pour le Mali, Colonel Bréhima Siré Traoré